#Vlog 2 : L’ubérisation des élus locaux

Pour ce deuxième numéro, je vous propose de nous intéresser à l’ubérisation des élus locaux.

Le terme d’ubérisation est passé dans le langage courant. On peut le définir comme le concept inventé par la société Uber. Il consiste à mettre en contact direct particuliers et professionnels grâce aux nouvelles technologies. Il permet ainsi une mise en relation instantanée.
Ce concept, comme vous le savez s’est étendu des taxis, aux banques, à la recherche d’emploi, à la comptabilité, l’assurance, l’hôtellerie, la fabrication de repas, et j’en passe. Vous le savez, beaucoup de métiers de prestations de services se voient confrontées à l’ubérisation. Il ne se passe guère de semaines sans qu’une nouvelle appli ou une nouvelle plateforme voit le jour pour proposer de mettre en relation directe les clients avec de nouveaux « fournisseurs », en supprimant les intermédiaires, et au passage les ex « fournisseurs exclusifs ».

Mais peut-on parler « d’ubérisation » en ce qui concerne les élus locaux ?

La logique qui prévaut dans l’ubérisation, est celle de « court-circuiter » les relations entre les professionnels et leurs clients. Le professionnel, taxi, banquier, comptable, restaurateur, perd l’exclusivité de sa relation directe avec le client, et au passage de la plus-value générée par son activité, qui est récupérée par ceux qui contrôlent la plateforme. Ainsi l’hôtelier ne maîtrise plus vraiment ses réservations, ni ses tarifs quand la plateforme « prend la main » sur ses prestations.

Ne vous semble-t-il pas qu’il y a quelques similitudes avec ce qui est entrain de se produire pour les élus locaux, avec l’irruption de « citoyens fluorescents» qui jugent illégitimes les élus locaux, et considèrent qu’ils représentent mieux les citoyens que les élus eux-mêmes ?
Et c’est en s’appuyant sur de nouvelles technologies, les « réseaux sociaux », qu’ils court-circuitent les élus et se présentent comme les nouveaux « fournisseurs exclusifs » de la démocratie.

Ils essaient ainsi de récupérer à leur propre profit la « fonction d’élu », et le pouvoir politique, local comme national.
On peut naturellement juger utile l’ubérisation en général. La concurrence oblige toujours à se bouger, et à mettre à jour des pratiques parfois devenues obsolètes. Ainsi Uber a réveillé l’amour-propre des taxis, et par-delà les aspects juridiques et économiques de la patente que ne paient pas les chauffeurs Uber, il s’en est suivi une amélioration globale de l’offre, et des prestations.

Uber : Vers une uberisation des élus locaux ?

Les limites de l’ubérisation.

Si une concurrence est saine et loyale, elle peut aider au renouvellement des métiers. Et il en est ainsi dans de nombreuses activités. Mais elle peut aussi se révéler plus insidieuse, et faire tomber des pans professionnels entiers qui ne l’ont pas vu venir, et ne s’y sont pas bien préparés, en causant ainsi beaucoup de dégâts.

De la même façon, certains peuvent détourner des choix démocratiques en utilisant les réseaux sociaux, et ce jusqu’à des élections présidentielles, comme on l’a vu pour celles des Etats Unis.
La démocratie représentative et les élus locaux, sont actuellement entrain de se confronter avec cette ubérisation des pratiques démocratiques. Comme les professionnels, ils vont devoir trouver une réponse adaptée pour ne pas se faire complètement ubériser. Cela passera sans doute par une utilisation des mêmes technologies numériques pour présenter une offre de relation directe avec les citoyens, et un chaînage des différents niveaux de notre démocratie, pour raccourcir les circuits de décision, améliorer la « qualité du service rendu » à l’utilisateur final, qu’est le citoyen électeur.
C’est de cette façon par exemple, que les comptables ont réagi à l’ubérisation, en accompagnant leurs clients avec des outils en ligne, qui leur permettent de garder la compétence dans leur champ d’action en apportant de nouveaux services.

Très certainement la « digitalisation » de l’existence humaine va s’étendre à tous les secteurs de la vie professionnelle, personnelle mais aussi citoyenne.

Il n’est sans doute pas trop tard pour réfléchir à cette ubérisation en cours du côté des élus locaux, mais pas trop tôt pour commencer à agir. Car quand une nouvelle offre a fait son trou, il est difficile de l’en déloger. Je conclue avec cette citation de David Lacombled :

« Les nouvelles technologies offrent de nouvelles voies pour l’expression de cette démocratie. Toutefois, deux menaces guettent : d’une part, l’inégalité des citoyens face au numérique, ce que l’on appelle la fracture numérique; et, d’autre part, le risque lié à l’utilisation de données publiques, ce que l’on appelle l’open data».

Je la trouve très juste, j’y ajoute donc juste ce risque d’ubérisation des élus locaux, et par-delà de détournement de la vie démocratique de notre pays.

Et vous, qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à commenter et à donner votre avis sur ce sujet ; que vous pensiez qu’on en fait trop ou pas assez, et sur les pistes d’action envisageables en ce domaine.
Et si vous avez de bonnes pratiques mises en œuvre par votre collectivité, à partager en ce domaine, ou d’autres, contactez-nous pour que nous en fassions la promotion dans la Viatic Académie ; l’académie en ligne des élus ouverte et offerte à tous les élus locaux et à leurs collaborateurs territoriaux.

Ce numéro de Maires et Pairs arrive à sa fin. Bonne semaine à tous dans vos terroirs de France. A la semaine prochaine pour aborder un autre sujet concernant les élus. Merci.

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