#Vlog 7 : Maires des villes et Maires des champs

Temps de lecture : 8 min

Pour ce 7ème numéro de notre vidéoblog : « Maires et Pairs », je vous propose d’aborder les points communs mais aussi les différences existant entre les Maires des cités urbaines, et ceux qu’on nomme les Maires Ruraux, en d’autres termes, de parler des « Maires des villes et Maires des champs »

J’ai eu le plaisir, mais aussi la charge, d’être personnellement un de ces Maires Ruraux de 2001 à 2014, après un 1er mandat d’adjoint, et j’ai eu l’occasion d’échanger à maintes reprises avec de nombreux « Pairs », tant urbains que ruraux. Et c’est en m’appuyant sur cette expérience que je vous propose de faire un bout de chemin ensemble.

Des maires très différents

Derrière la même appellation de « Maire » se cache de très grandes différences entre le Maire des Villes et les Maires des Champs, comme entre la notion de « patron » d’une multinationale, et celui d’une TPE. Je vous propose d’en relever quelques-unes ; sans volonté d’être exhaustif.

Une équipe territoriale très différente

La première différence à laquelle je pense concerne la taille de l’équipe du Maire.

Le Maire des villes dispose d’une équipe composée de centaines, voire pour les plus grandes de milliers d’agents et de cadres territoriaux pour occuper l’ensemble des fonctions nécessaire au fonctionnement de la cité.

Dans un village, l’équipe est souvent composée de très peu d’agents. Pour ma part, dans une commune de 230 habitants, je disposais d’une équipe composée d’un 1/5 de temps de secrétariat, d’un 1/5 de temps de personnel pour le ménage, et d’un petit 1/5 de temps pour l’entretien des espaces verts. Et pour le reste… je faisais le complément avec mon PC et mes outils. Ceci explique que les Maires des petites communes puissent avoir tendance à être plus tourné vers le côté technique du fonctionnement de la commune ; quitte à empiéter un peu sur le rôle des agents.

Les différences liées à la taille de l’équipe ont évidemment d’autres conséquences. Les compétences disponibles au sein des équipes des villes permettent de traiter des sujets beaucoup plus nombreux et pointus que dans les petites communes.

Les contacts avec les agents territoriaux sont également différents, et il existe une plus grande proximité de contact entre élus et agents dans une petite collectivité que dans une ville. Les statuts prennent moins de place, et je ne parle pas des statues des jardins publics 😉.

Une différence de contacts avec les habitants

Les Maires sont évidemment moins en « première ligne » dans les villes, car leurs services traitent une bonne partie des besoins des citoyens. Et il existe de nombreux filtres entre le citoyen et l’édile municipal.

Dans une petite commune rurale, il n’y a souvent qu’une salle pour recevoir le public, et souvent pas de bureau pour le Maire. L’accès au Maire est donc évident, et les habitants appellent directement le Maire au téléphone, ou viennent même lui rendre visite à domicile ; ce qui parait sans doute plus improbable pour un Maire urbain. Et de ce point de vue, le maire rural est obligé d’être plutôt… urbain.

Les missions des élus sont aussi plus en contacts directs avec les habitants dans les petites communes. Je n’en citerai qu’un exemple, bien présent dans ma mémoire

Dans le cas du décès accidentel d’un habitant sur la voie publique, il est de la responsabilité du Maire, officier de police judiciaire et d’état civil d’en informer la famille. Je doute que beaucoup de Maires de grande ville aillent personnellement s’acquitter de cette tâche délicate, et ils ont la possibilité de la déléguer.

Pour ma part, j’ai appris en direct par les gendarmes que c’était mon rôle. Alors que j’étais Maire depuis quelques mois, j’ai ainsi été réveillé par les gendarmes pour venir reconnaitre le corps d’un habitant de ma commune qui s’était tué de nuit, dans un accident automobile. Et j’ai alors compris que c’était de ma responsabilité d’aller au domicile de la femme de ce Monsieur, pour la réveiller en pleine nuit, et l’informer du décès de son mari.

Voilà une petite différence qui fait une sacrée différence

 Une équipe d’élus qui n’est pas toujours « listée »

Un autre point de différence entre Maire des villes et Maire des champs est la taille de son équipe élus, entendez le Conseil Municipal, mais aussi par conséquence le côté « listé » de cette équipe.

En effet à partir de 1000 habitants, la loi oblige les communes à proposer des listes électorales. Ceci a mécaniquement pour conséquence de « cliver » le fonctionnement du conseil municipal. Il y a ceux de la liste qui est arrivée en tête, et ceux de la ou les autres listes dites « d’opposition ».

Cela a évidemment des conséquences sur le fonctionnement du conseil, mais aussi sur le rôle du Maire.

Le Maire est le chef de file d’une liste. Son élection n’est donc qu’une formalité si sa liste est élue, de même que pour ses adjoints. Alors que dans une commune rurale, tout le monde peut potentiellement être élu conseiller. Les élections servent parfois de moment de défoulement aux habitants de la commune. Ils peuvent rayer un nom, en rajouter d’autres, et l’élection n’est donc forcément pas très prévisible, puisque des habitants qui ne se sont pas présentés peuvent être évincés, alors que d’autres qui le souhaitaient sont mis de côté. Et le maire peut n’être connu qu’au dernier moment.

J’ai ainsi en mémoire, lors des dernières élections une dame, Maire, qui se représentait après 2 mandats dans la fonction. Elle avait composé une liste (dans une commune où la taille ne l’exigeait pas). Pour 11 conseillers requis, elle avait préparé une liste de 12 postulants, dont elle-même. Et au final ce sont les 11 autres personnes qui ont été élues… mais pas elle ; qui n’a donc pas pu retrouver son poste de Maire. Et un des 11 autres « colistiers » a donc dû se dévouer pour être élu Maire, alors que ce n’était pas sa demande originelle.

Le Maire dans une petite commune rurale, est donc plus tributaire des conseillers pour être élu, que dans une ville. On pourrait dire que le Maire de la commune rurale doit son poste aux conseillers, alors que dans une ville, c’est l’inverse.

Cependant, il est en général plus facile d’obtenir un consensus dans une délibération dans une commune rurale, car l’intérêt général n’est pas autant challengé que dans les grandes communes, par les appartenances politiques des membres du conseil.

Je n’ai ainsi jamais su quels étaient les points de vue politiques des membres de mon conseil. L’important était que nous ayons en commun, l’intérêt de la commune.

Des différences de fonction

Chaque Maire de ville ou de campagne a son lot de problèmes à résoudre pour les citoyens de la commune. Et ils sont sans aucun doute plus nombreux en ville.

La taille des budgets est fondamentalement différente, et les ambitions sont évidemment très différentes. Quand un élu rural se satisfera de pouvoir entretenir correctement les bâtiments de la commune, il faudra à l’élu urbain dépenser beaucoup plus d’argent public pour disposer d’une commune attractive.

Pour les Maires ruraux, la survie de leur commune est un vrai sujet d’inquiétude, car en l’absence d’emplois les jeunes émigrent vers les centres urbains, ce qui provoque le double effet de dépeupler les maisons des villages, et de faire baisser les ressources nécessaires pour garder de l’attractivité.

La fonction elle-même de Maire d’une grande commune, est évidemment plus attractive, et il est sans doute exceptionnel qu’une personne demande à devenir Maire dans une petite commune où il ne réside pas au quotidien. Alors que dans de plus grosses cités, il parait que cela arrive…

Pour terminer les différences en termes de fonctions, les « petits Maires » présentent cependant un intérêt pour les élus et les pouvoirs des « étages du dessus » qui les cajolent souvent, car ils ont besoin de relais avec les citoyens. Comme l’a dit un sympathique préfet auquel je pense : « un Maire c’est pratique ; c’est toujours à portée d’engueulade ». Voilà la grandeur et la beauté de la fonction du Maire des champs 😊.

Quelles pistes de solutions ?

C’est une question que je pose rituellement dans mes VLOG, et là je ne suis pas sûr qu’elle soit complètement adaptée à ce sujet. Comparaison n’est pas raison, et il ne s’agit pas ici d’opposer 2 mondes qui ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Le Maire rural a des avantages que n’a pas le Maire des villes, et réciproquement.

Le Maire des champs peut voir beaucoup plus directement le résultat de son « travail ». Il peut aussi en mesurer plus directement l’impact positif, ou non, sur les habitants de sa commune, et corriger le tir si nécessaire.

Il peut plus rapidement prendre une décision, mais il peut plus difficilement en financer la réalisation.

Une piste à explorer est d’améliorer la synergie entre les élus des petites communes, mais aussi des plus grosses. Et je ne parle pas là que de la synergie entre les Maires, ce qui serait déjà pas mal, mais de la synergie entre tous les élus locaux. Car beaucoup de temps et d’argent pourrait être économisé, si les élus travaillaient mieux ensemble, et avec les forces vives de leur territoire. Au-delà des structures que sont les communautés de communes ou d’agglomération, je pense aux communautés d’élus, qui pourraient transcender les structures communales.

Le résultat serait certainement plus visible dans les petites communes rurales, car s’il existe un même appétit en ville et en campagne pour développer la démocratie et le bien-vivre ensemble, les élus des petites communes savent se satisfaire de « moins » ; sachant que leurs habitants trouveront « en ville » les réponses qu’ils ne trouvent pas en campagne, mais où ils vivent plus paisiblement.

Pour conclure, je citerai Le rat des villes et le rat des champs de La Fontaine : « Et le Citadin de dire : Achevons tout notre rôt.  C’est assez, dit le Rustique ; demain vous viendrez chez moi. Ce n’est pas que je me pique de tous vos festins de roi ; mais rien ne vient m’interrompre ; je mange tout à loisir. Adieu donc ; fi du plaisir que la crainte peut corrompre ! »

Et pour sourire, une réflexion : pour être élus, les maires des villes font certainement plus « campagne » que ceux des villages !

PS : je n’ai pas abordé ici les différences d’ « indemnités », car je ne pense pas que cela soit le cœur du sujet. Mais il y a aussi quelques différences…

Et vous qu’en pensez-vous ?

Je vous invite à commenter, et donner votre avis sur ce sujet. Viatic travaille à la création d’un espace collaboratif d’aide au pilotage des collectivités pour favoriser la collaboration des élus, non seulement au sein de la commune, mais aussi dans l’espace intercommunal.

Et vous êtes bienvenus dans l’Académie Viatic, l’espace collaboratif des élus locaux. L’accès est ouvert et offert à tous les élus et à leurs collaborateurs ; il suffit de vous y inscrire gratuitement pour avoir accès à toutes les ressources vidéos.

Ce numéro de Maires et Pairs arrive à sa fin. Bonne semaine à tous dans vos communes des villes et des champs.

A la semaine prochaine. Merci.

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