#Vlog 9 : L’élu·e local·e et la commune digne d’un don

L’actualité est évidemment la source directe du titre de ce 9ème numéro de « Maires et Pairs », le Vidéo Blog de Viatic Académie ; d’une part, car les sonneries des cloches ont retenti pour Pâques, de retour de Rome, dans toutes les communes de France, mais aussi parce que l’actualité du don a été assez brûlante ces derniers jours

Les émotions et le don

Le grand élan émotionnel vécu la semaine dernière avec les images de Notre Dame de Paris qui brûlait en direct, et en boucle, sur tous les écrans, et auquel vous n’avez sans doute pas échappé, a amené un autre élan … de générosité celui-là.
Je ne sais pas comment vous avez vécu ce moment, mais je vous avoue qu’il m’a personnellement fait passer par des sentiments très contradictoires, au fil de la semaine, et amené à me poser des questions sur les conséquences de cette générosité massive… pour les communes de France, où les élus ont bien du mal à entretenir leur petit patrimoine, certes moins célèbre que Notre Dame de Paris.

Et dans ce blog, je vous invite à vous demander si certaines communes sont plus ou moins « dignes d’un don » … et pour en faire quoi ? Et en parallèle à vous intéresser aux effets de la loi de Parkinson dans le domaine du don.

Une vague de dons déferlante et médiatisée

Le soir de l’incendie, j’ai écouté avec intérêt l’appel à une mobilisation d’ampleur en faveur de la remise en état de Notre Dame.
Le lendemain, j’ai été admiratif de cette vague de dons qui submergeait la France, avec le support d’une fondation bien connue dans le domaine du Patrimoine, vite rejointe par d’autres fondations et de nombreux mécènes. Puis en suivant la courbe de ces dons, j’ai commencé à me poser quelques questions sur l’effet de concentration de ces nombreux ruisseaux qui risquaient de provoquer une crue locale, mais aussi une sécheresse pour de nombreux territoires.

Et 3 jours plus tard, j’ai commencé à me sentir agacé par le marketing business autour de ces dons, qui m’a rejoint en faisant mes courses et en étant invité à faire un don, via la fondation du magasin où je me trouvais, sans parler des récupérations diverses par de nombreux mouvements politiques, culturels ou autres, qui souhaitaient profiter de la couverture médiatique.

Somme toute, cela est assez normal et dans l’air du temps. Venir au secours du patrimoine n’est pas une mauvaise idée en soi. Et célébrer des héros qui ont arrosé la cathédrale ne peut pas faire de mal.

Mais j’avoue que quelle que soit la renommée mondiale de Notre Dame, j’aimerais qu’un tel afflux de dons profite à plus de monuments et par-delà à plus de communes de France, où les élus ont du mal à boucler leur budget et à maintenir en état leur patrimoine, dont certains sont plus anciens mais moins médiatisés que la Cathédrale de Paris.

La loi de Parkinson en action pour la ressource monétaire

Vous connaissez sans doute la loi de Parkinson, qui dit que toute ressource a tendance à occuper tout l’espace disponible. Ainsi, plus on a d’argent, plus on en dépense, et plus il en faut; plus il y a de l’espace dans une maison, plus elle sera occupée, et plus on a de temps pour faire une chose, plus elle prendra de temps.

Vous pouvez imaginer comme moi la conséquence, avec cette avalanche de dons. Il suffit de se souvenir de la fièvre de dons suite à un certain tsunami de Noel 2004, lui-aussi mondialement médiatisé, pour se rendre compte que des bonnes intentions peuvent produire de mauvais effets, et de nombreuses déperditions.

La reconstruction, ou réhabilitation, je ne sais comment il faut l’appeler exactement, coûtera cher, très cher, et je ne doute pas que toute les sommes recueillies seront englouties dans ce chantier, où le nombre d’experts égalera peut-être le nombre de compagnons.

Et pendant ce temps, les projets très nombreux des petites communes seront abreuvés au compte-gouttes, par ces mêmes donateurs ou pas.

Je précise qu’il ne me semble pas gênant que des mécènes d’entreprises contribuent au redressement d’une cathédrale. Cela s’est fait de tout temps. Les puissants s’achetaient ainsi, une place au Paradis en échange de leurs deniers, et vous trouverez leur nom gravé sur les murs de la plupart des édifices religieux de France. Donc que les marques souhaitent accéder à la vie éternelle, pourquoi pas ? Même si elles souhaitent que l’éternité commence … tout de suite par un gain d’image.

D’ailleurs, comme cela l’a bien été mis en évidence par les médias, par l’effet des déductions d’impôts sur ces dons, le principal financeur reste l’Etat. Et la générosité des uns est donc compensée par l’effort de tous.

La loi de Parkinson pour la gestion du temps

Le temps des cathédrales est donc venu, comme le dit la chanson. Et les experts dissertent de la durée de la reconstruction, chacun avec ses bonnes raisons, son expérience et ses connaissances.

Mais le Président a dit « 5 ans ». Et ce faisant, il a posé un cadre temporel qui vient éviter les effets délétères de Parkinson ; et je ne parle toujours pas de la maladie, mais de la loi évoquée précédemment.

J’ignore si ce délai est réaliste, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’en précisant la taille du réceptacle temporel, le Président a donné un cadre pour contenir le volume de travail à réaliser. Le meilleur moyen d’éviter que le temps se répande, c’est de fixer la taille d’un récipient pour le contenir, comme pour un liquide. C’est un point des points de passage obligatoires pour passer d’une intention à un objectif, même si ce n’est pas le seul.

Quelles pistes pratiques pour financer les projets locaux ?

Quelles pistes tirer de cette expérience, en termes de financement d’un projet local ?

L’élan individuel ne peut être canalisé, et chacun est libre de se sentir plus proche d’un édifice parisien célèbre que de l’église ou du lavoir de sa commune.

Mais un élu local qui souhaite trouver des financements autres que ceux dits « publics », et de l’autofinancement de sa collectivité a tout intérêt à s’intéresser à ce financement par la foule, ou crowdfunding.

Et les règles pour mobiliser ce financement sont les mêmes que pour Notre Dame de Paris : créer de l’intérêt vis-à-vis du projet en suscitant l’émotion du public et médiatiser le projet, si possible avec l’aide de la presse mais également en utilisant les réseaux sociaux.

Et si le projet s’y prête, les élus auront tout intérêt à se rapprocher des fondations qui accompagnent leur type de projet.

Je laisse Sénèque conclure ce numéro de « Maires et Pairs » :

Le don est toujours le même, ce qui diffère, c’est la façon dont il est fait.

Qu’en dites-vous ?

Je vous invite à donner votre avis sur ce sujet et partager vos propres pistes d’action, notamment si vous avez œuvré au financement de projets locaux.

Viatic propose en libre accès aux élus locaux, la plateforme Viatic Académie (https://academie.viatic.net ) où plusieurs modules de e-learning apportent des pistes pratiques pour le financement des projets, l’usage des fondations, le crowdfunding, ou encore et les dons et legs.

Ce numéro de Maires et Pairs arrive à sa fin. Bonne semaine à tous et bon vent à vos projets.

A la semaine prochaine. Merci.

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